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Ailes
Magazine
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par Thierry du Boullay |
juillet 1994 |
PARAMOTEUR
& POLITIQUE
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En ce mois de mars, sue la petite île de St-Domingue,
à l'est de Cuba, la campagne pour les élections
présidentielles bat son plein. Défilés,
meetings, bains de foule, tous les moyens sont bons pour engranger
les voix, y compris... le paramoteur!
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Partir voler au soleil, ça ne se refuse pas! Et ce n'est
pas Eric Dufour, un paramotoriste québécois, qui
me contredira. |
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Eric Dufour lance un cri de joie lors de son décollage
sur la place de Santo-Dominguo. Direction la Maleço, la
grande artère de la capitale.
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Un beau jour, il reçoit une invitation du ministère
du tourisme de la République Dominicaine. On le convie,
avec une vingtaine de parachutistes canadiens, à un voyage
de quinze jours, tous frais payés, dans cette île
des Caraïbes. En contrepartie, il volera pour défendre
les couleurs
du président au pouvoir, Joaquim Ballaguer.
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Le 5 mars, Eric embarque sur le vol Montréal/St-domingue, en compagnie
de son ami, Francesco de Santis, paramotoriste et lui aussi,
convié à la campagne présidentielle. Et voilà
comment deux québécois sont partis à "l'aventure"
faire campagne au pays de la canne à sucre.
Survol de partisans
Au petit matin, le groupe débarque sur le tarmac de
l'aéroport, acceuilli par Eugène Matos, parachutiste et organisateur de
cette campagne politique aérienne. Après un bref repos à l'hôtel,
Eugène vient les chercher: Il s'agit d'escorter un défilé de partisans
qui traverse la capitale. Le décollage a lieu en pleine ville.
Sur un parking.
Il est quatorze heures: La chaleur n'améliore pas les
conditions de vol. Les deux paramoteurs décollent pour survoler la
grande ville, en bordure des eaux bleues de la mer des Caraïbes.
Quelle vue magnifique! Mais ce qu'ils aperçoivent sous leurs pieds,
c'est un enchevêtrement de bâtiments et d'immeubles, une véritable forêt de
pylônes et d'antennes de télé... Gare à la panne moteur, quoiqu'en
dernier recours, quelques parcs et toits d'édifices pourraient bien faire
l'affaire... Pour le moment, le F2 quadripales d'Eric et le bipale de
Francesco ronronnent de concert. Les deux moteurs Solo ne réserveront
du reste aucune mauvaise surprise aux deux pilotes durant leurs vols à
St-Domingue.
Du sol, on aperçoit bien le marquage rouge et noir "Ballaguer
94-98" qui tranche sur la gold 28 blanche d'Eric. Un placard
publicitaire de choix et visible de loin. A l'issue d'un large survol
de la ville, les deux pilotes se posent en douceur sur la pelouse d'un stade
où s'achève le défilé.
Fermeture
L'horaire des manifestations de soutien au Président
ne facilite pas les choses: Les défilés ont lieu
entre 12 et 15 heures, au moment le plus défavorable pour
voler. Aussi, le vent et les thermiques sont-ils de la partie,
les obligeant la plupart du temps à retarder les décollages
ou à écourter les vols. Cette météo
mouvementée vaut à Eric une fermeture spectaculaire
au dessus de Pedernales, une ville proche de la frontière
haïtienne.
Il raconte: "Il est 12 h 30, le vent est limite et
plus j'attends, plus il forcit. Devant l'insistance d'Eugène,
qui souhaite que le cortège présidentielle me voit
avec le lettrage "Ballaguer" sur ma voile et le drapeau
dominicain à mon harnais, je risque un décollage
sur la plage. Le vent souffle à 20 km/h et les nuages
ne sont pas rassurants. Après deux tentatives ratées
face à ma voile, je réussis à décoller
mais avance à peine. Je prends de l'altitude pour me diriger
vers le cortège et m'aperçois vite que les conditions
sont pires que ce que je prévoyais.
A 100 m au-dessus du regroupement, je fais du sur place. Brusquement, ma voile se ferme complètement sans prévenir:
Une dégueulante monstre m'aspire vers le bas, puis d'un
coup j'encaisse une réouverture spectaculaire. Je retourne
à la plage pour poser, mais les nuages m'empêchent
de descendre rapidement. Je garde le moteur, car avec ce vent,
je ne veux surtout pas atterrir dans l village voisin. Lentement,
j'arrive à la plage où je parviens à me
poser..."
Eugène s'est rendu sur l'aire d'atterrissage improvisée,
un peu effaré par la tournure des évènements. Il réalise maintenant pourquoi les deux pilotes sont réticents
à voler par vent fort et en conditions thermiques. Ce
jour là, les parachutistes ont eux-aussi du mal à
atterrir sur le stade. Plusieurs échouent dans le village
voisin, au milieu des maisons, pour le plus grand plaisir des
enfants et adultes, qui découvrent pour la plupart l'existence
de ces hommes-oiseaux. Une fois les ailes pliées, tous
se retrouvent pour déguster une "Presidente",
la bière nationale.
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A chaque atterrissage, Eric et Francesco se retrouvent entourés
d'une foule de Dominicains souriants et curieux. Tous les pressent
de questions pour en savoir plus sur leurs petits engins. Parmi
eux, des journalistes, ce qui leur vaut très vite la une
des principaux journaux du pays. Devant cet engouement général
pour le paramoteur, Eric et Francesco réalisent qu'ils
sont, bien malgré eux, en train de voler la vedette aux
parachutistes.
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Survol de Puerto Plata. Belle idée que le "tractage"
du drapeau dominicain ! |
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Malgré les prouesses en chute libre et les précisions
d'atterrissage de ces derniers, un décollage en paramoteur
au coeur de la ville, acev l'aide de la police et de l'armée,
impressionne bien plus le population . Les parachutistes se sentent
un peu lésés, ce qui n'est pas sans créer
un léger malaise dans le groupe. Cependant, leur défiance
se transforme peu à peu en curiosité puis en intérêt
pour le paramoteur.
Alors qu'au début de la campagne, ils supportaient mal
ces engins dans l'autobus trop chargé, ils réalisent
à la lecture des journaux toute l'importance de ces merveilles
volantes et leur impact médiatique. En nous regardant
voler, ils devinent maintenant le plaisir qu'on en retire et
découvrent avec surprise les réelles possibilités
de ce petit engin. A la fin du voyage, deux parachutistes effectueront
même un vol alors que plusieurs autres demanderont à
être initiés au parapente.
Durant la deuxième partie de leur séjours, les
paramotoristes et parachutistes sont invités dans les
villas luxueuses du "Casa de Campo", un club select
renommé dans le monde entier. Là, Eric et Francesco
peuvent enfin voler pour le plaisir. Avec dix années de
parachutisme et plus de 850 sauts à son actif, Eric s'offre,
la veille de son retour, une belle récompense : un saut a 3000
m au dessus du Casa de Campo. Panne
sèche
Son dernier vol en paramoteur est le plus beau de tous: Achevant
de vider son réservoir d'essence jusqu'à la dernière
goutte, il survole Casa de Campo à 300 mètres d'altitude. Alors que le moteur, en panne sèche, se tait, il enlève
son casque pour goûter pleinement ces quelques minutes
de paix puis se laisse planer jusqu'à la cour de leur
villa pres de la piscine. Cinq minutes plus tard, il se retrouve
dans le bain tourbillonnant à déguster une Presidente
bien fraiche.
ainsi s'achève cette première campagne politique
en paramoteur. a l'issue de douze vols et de dix heures de souvenirs
magnifiques, c'est un succès. A tel point qu'Eugène
propose à Eric de venir voler pendant les élections
du 9 au 13 mai, histoire de rappeler aux gens pour qui voter. * A l'issue du scrutin, c'est finalement Joaquim Ballaguer
qui sera élu. |

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