Ailes Magazine

 

par Axel de Neufville

avril 2001

Voler en paramoteur et voir décoller la navette spaciale !

La navette au musée...  pour les touristes.

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''Nous aimerions bien essayer votre nouvelle voile, comment cela serait possible?  Nous sommes en Floride, ici il fait 25 degrés en janvier, et nous volons à tous les jours sur la plage de Daytona Beach''   Eric Dufour.  Paratour.

Si vous lisez cela en janvier, alors qu'il gèle et vente en France, si vous aimez aussi la moto et rêvez de découvrir le grand rendez-vous des bikers en Harley-Davidson aux USA, alors le choix ne se pose pas:  Négociez un billet d'avion pour Orlando, cela tombe bien, il y a Disney-World sur place, au cas où la metéo nous jouerait des tours! 

Rendez-vous avec Eric Dufour le 18 janvier, qui nous amène chez lui.  Sa maison est au standard américain, c'est à dire hyper confortable, la cuisine est de la taille d'un grand séjour en France.  Entre le réfrégérateur de la taille d'une armoire normande et le mixeur Kenwood, un PC ronronne, connecté en permanence sur Internet, comme un vulgaire appareil ménager...  c'est cela aussi l'Amérique:  La présence partout de Web, dans toutes les pièces de la maison!

Eric Dufour:   ''Vous prendriez bien une petite soupe avant d'aller voler?  Ensuite je pourrai essayer la Parawing Sport?  Des élèves m'attendent sur la plage!

Elisabeth (la femme d'Eric), distraitement:  Chéri, tu sais que la navette spaciale décolle cette nuit...  et tu as promis à Mike Springer et Richard Good d'assister au décollage à Cap Kennedy.

Eric:  Ah mais alors encore mieux, nous pourrons assister au décollage de la navette vu du ciel, en paramoteur.  Cela vous dit?

Daytona Beach est à quelques 30 miles seulement de la base spaciale Kennedy de Cap Canaveral.  Glup!  Alors que tout ce qui vole, excepté les avions de surveillance de la NASA, est cloué sur le tarmac, nous allons voler sur la plage de Daytona à 17h, brise de la mer parfaite, bientôt le coucher de soleil.  Nous nous équipons, Eric, quelques pilotes américains et moi-même, pour un vol sûrement inoubliable!

 

Eric Dufour

Mobil-home au standard américain


Le mobile d'Eric sonne, c'est Elisabeth:    ''Chéri, pour des raisons techniques le décollage de la navette est annulé, il est reporté au 12 février prochain''.

Badaboum!  Notre vol nocturne est annulé, et je n'assisterai pas au décollage spectaculaire de la navette spaciale:   Vraiment trop d'ommage!  

 

   

Éric étale la voile sur la plage et l'examine sous toutes les coutures et me mitraille de questions...  Je lui propose de voler d'abord , puis de répondre plus tard, en compagnie d'une bonne bière bien fraîche.  Ni une ni deux, il s'accroche, gonfle l'aile, démarre son moteur, gaz à fond et tout freins tirés...  Soulevé sur place, il lâche les freins et décolle immédiatement:  Comme un jet sur le pont d'un port-avion.

Deux heures plus tard, Éric nous explique le potentiel du marché américain.  Dans ce pays, il y a surtout des plaines, la culture de l'avion ultra légère a favorisé le développement des trikes, vous savez, ces gros chariots avec ailes de grandes surfaces bien rectangulaires! 

Éric et son partenaire John Good ambitionnent de développer le paramoteur aux USA, ils disposent d'une implantation unique ou cela vole toute l'année, pour se déplacer sur les salons et meetings, ils disposent de deux mobil homes de 10 et 14 mètres de long pour voyager dans des conditions de confort incroyables...  Actuellement, ils estiment le nombre des paramotoristes à moins de 2000, mais leur nombre pourrait doubler caque année, le problème c'est de former des moniteurs.  Avec l'Internet (toujours lui), Eric et John considèrent pouvoir transmettre l'information, l'enseignement à distance. 

Daytona Beach, c'est aussi le rendez-vous annuel des Harley-Davidson et autres choppers, regroupés sur une plage immense de milliers de motards arrivés des 4 coins du continent...  Un autre déplacement à faire, si vous aimez la moto et le paramoteur, vous serez comblé!

De retour en France, nous recevons ce récit:  Ils l'ont fait!  Ils ont assisté, vu du ciel, au décollage de la navette spaciale.


UNE AILE ET UNE PRIERE

Par John Madgic, pilote paramoteur de Philadelphie, Pensilvanie

Décollage !

J'ai déjà rêvé de pouvoir observer de décollage de la navette.  Décollage prévu - 6:11h - coucher du soleil - 6:25  Ça va être bientôt.  Mike Springer, Éric Dufour, Richard Good et moi, décollons à 5:20h.  Quarante et une minutes avant le lancement.

Vol au dessus de Daytona Beach

Éric et moi ajustons notre cruise control (régulateur de vitesse) pour une lente montée à 4000' AGL. J'estime que nous sommes à 30 miles de la zone de lancement.  Mike et Richard demeurent plus bas.  Avec amplement de temps pour gagner de l'altitude; et sommes en visuel de cinq aéroports en pleine activité.  Toutes sortes d'avions décollent.

Pendant ce court vol, j'ai même eu le privilège de voir un B-17 tourner en rond en dessous de moi. Éric et moi, continuons à monter.  On surveille de près tous les avions de type conventionnel.  Il y a occasionnellement des avions au dessus, en dessous, à droite et à gauche en même temps. 

Je prends mon téléphone cellulaire, et pré-compose le numéro de ma mère. On s'assure de toujours éviter le trafic. L'heure du décollage est dans 3 minutes.

On se prépare à faire face à la rampe de lancement, mon vario indique 3600'. Moteur coupé.  Pleine lune à ma gauche.  Soleil couchant à ma droite.  Je vois l'allumage des moteurs de la navette.  Je retire mon casque, espérant pouvoir entendre le grondement du décollage.

En altitude, la température est à 55 degrés Fahrenheit.  Je sais que j'ai une dizaine de minutes de vol plané, moteur coupé.

La navette est sortie de la zone de lancement et accélère.  Devrais-je tourner ou continuer droit devant ma descente   moteur coupé ?  Ma zone d'atterrissage disparaît derrière moi.  Je me demande s'il y aura une onde de choc.  Si c'est le cas, quelle sera la force ?

La navette accélère vraiment maintenant.  La traînée de fumée me semble énorme.  Vais-je sentir l'onde de choc?  J'engage un 360 sans jamais quitter des yeux la navette.  Mon Dieu!  Je sors ma caméra et prends quelques photos.  Je regarde ma voile et ensuite mon altimètre.  Je jette un coup d'oeil au sol.  Ma position est bonne et j'ai suffisamment d'altitude. 

WOW, voilà maintenant la fusée de lancement qui se sépare.  Où est cette onde de choc?  Je ne peux rien entendre, sauf le vent qui souffle.  La navette se retourne sur le dos et paraît se diriger en direction Nord-Est, vers l'Atlantique.  Je reprends mon souffle.  Je regarde mon vario.  Toujours au dessus de 2000' ASL.

 

Coup d'oeil à ma droite pour éviter le trafic.  Oh la vache !  Éric Dufour est a 50 pieds à ma droite, moteur coupé.  On s'échange d'euphoriques félicitations.  Je suis encore sous l'adrénaline.  Le soleil s'est couché.  La pleine lune est toujours là et la lumière du soleil couchant me guide vers mon atterrissage.  Des avions volent toujours autour de moi.  Mon moteur est toujours coupé.  Un rapide redémarrage en vol. Je laisse le moteur au ralenti. Je fais les grandes oreilles.  A 500 pieds en dessous de moi, il y a un Cessna 150 en virage à droite, qui regarde l'un de mes copains paramotoristes atterrir.  Éric est toujours moteur coupé.  Je suis à bas régime.  Le Cessna continue de tourner.  Je suis en dessous de 1000 pieds maintenant.  Heureux d'avoir redémarré mon moteur.  Je l'arrête a nouveau.  Le Cessna s'éloigne.  ric continue moteur coupe, et plane jusqu'à un atterrissage tout en douceur.  J'approche moteur coupé, près de la lisière de la forêt.  Je me pose. 

Merci mon Dieu, pour le vol de ma vie.

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