Vol  Moteur

Texte et photos :  Jean-François Guilbaud

juin 2001

The Parastars

Première photo en haut, décollages pour le record américain du plus grand nombre de paramoteurs en l'air.  Ci-dessus, ambiance floridienne.  On discute à l'ombre.  Ci-dessous, photo de groupe d'une partie des pilotes de ce symposium.
 
Aux États Unis, l'ultra-léger motorisé est monoplace et fait moins de 115 kilos, le reste c'est de l'avion ou classé comme tel....  Quand cette réglementation très restrictive s'est mise en place aux USA dans les années 1980, cela semblais le seuil minimum de poids pour une machine volant capable d'emmener un homme en vol.   On était alors loin de se douter qu'un jour, il serait possible de voler avec une machine motorisée qui pèserait moins de 30 kilos.
 

Ci contre, photo de groupe d'une partie des pilotes de ce symposium.

Il fallait être rêveur, pour penser mettre un appareil volant dans un sac que l'on pourrait apporter sur son dos et placer dans son coffre de voiture.  Pour les adeptes et constructeurs d'ultra-léger su moment, cette idée n'était même pas envisagée, Danis, Patrick Lemonnier et Rolland Magallon n'envisageaient la chose que de façon théorique. Léon Moureaud avait déjà une petite idée, on l'appelait l'hélicier du fait qu'il concevait et fabriquait des hélices pour ULM...  et s'il avait fabriqué des fétiches, comment l'aurait-on surnommé?      

 

Les solutions éventuelles passaient par le tubes et toile, avec une partie dans le coffre de voiture, l'autre partie - l'essentiel - sur le toit. 

Le paramoteur, personne ne l'a vu venir, surtout pas les américains qui avaient pourtant inventé les voiles gonflables.  Les premières machines étaient lourdes et les voiles peu performantes, l'ensemble faisait complexe, le pilote devait être sportif on n'était pas prêt...  C'est vers le milieu des années 80, grâce à l'opiniâtreté de quelques-uns, que le rêve prend forme.  L'histoire a retenu des noms comme les précurseurs du paramoteur, je crois que c'est bien de les citer :  L'Allemand Hartig, les Français Yves Marre, Léon Moureaud, Zoltan Kovak (président de "Pilotes sans Frontière"), et ceux qui pourraient en revendiquer une part, comme Didier Plisson, Philippe Georgeaguet...

Les sports aériens présentent des risques.  Si vous êtes concepteur et pilote d'essaie, ils sont augmentée dans des proportions effroyables.  Merci à vous, messieurs, d'avoir pris tous ces risques et à qui je dois de voler maintenant en sécurité.    

 

L'ensemble Para-Lite américain, en haut, dans son container rigide et en bas en cours d'assemblage.

Si vous décidez de vous lancer dans le pilotage, il est bon de savoir que les compagnies d'assurance pratiquent l'exclusion du risque "activité aérienne".  En paramoteur, celui-ci est considérablement réduit.  Malgré tout, il est englobé sous cette appellation.  Si vous avez un prêt immobilier, relisez les clauses d'exclusion du contrat assurance-vie invalidité, quitte à souscrire le cas échéant une petite extension risque de votre police.  Pour celui qui ne connait pas bien le paramoteur, il évolue à la vitesse d'un vélo-moteur avec un "parachute dirigeable" au dessus de la tête.  En option pour un petit supplément de poids vous pouvez avoir en plus un 2e parachute de secours, ça pèse un peu mais c'est rassurant et parfois très utile.   

Si les américains ont choisi la Floride, en ce début d'avril, la météo y est pour une bonne part :  La température es de 18 degrés la nuit, 27 degrés le jour, le soleil et quelques cumulus.  La ville de Brandenton sur le golfe du Mexique est déjà célèbre pour son école de tennis mondialement  connue.  La championne Mary Pierce y demeure et vous pouvez lire son numéro de téléphone et son adresse dans l'annuaire local.  Il n'est pas certain qu'elle réponde personnellement, n'étant pas joueur de tennis, je ne l'ai pas appelé.

L'endroit choisi:  Le Golf international Wilderness River Gulf.  Le personnel d'accueil du golf, trié au volet, est en tenue impeccable blanche, la cravate bleue nuit rayée bleu ciel, la raie soignée.  La circulation, dans le domaine entourant le golf, se fait principalement avec des voiturettes électriques. 

Pour passer, montrer une carte de membre ou exhiber un paramoteur.  Je sui traité avec déférence.  L'immense domaine est entouré d'une forêt de palmiers et d'arbres pleureurs très répandus en Floride.  La résidence est jalonnée de somptueuses villas bordant un interminable parcours de golf.  Enfin, nous débouchons sur une magnifique prairie, notre rencontre est ici. 

Une rivière aux bras multiples enlace la prairie.  Des alligators à l'air paisible nagent çà et là, il ne faut pas s'y fier.  Plus loin, c'est l'embouchure qui donne sur la mer des Caraïbes.  Des bateaux rapides vont vers la mer, des dauphins les escortent, ça se présente bien.   

C'est sous la poussée des Parastars, club paramoteur américain, et l'impulsion de ses dynamiques dirigeants Terry Alford, Bill Hocker et Jeff Thompson habitant la région, que ce rassemblement a pu avoir lieu.  L'objectif :  battre le précédent record américain, organisé par Éric Dufour, soit 43 paramoteurs en vol.  Éric et sa ravissante épouse canadienne, Élisabeth, sont présents, Élisabeth parlant couramment le français.
Record battu :  au total près de 135 pilotes, 120 américains et on ajoute une quinzaine venue d'Europe et d'Afrique du Sud. 

Jeudi 5 avril, huit heures du matin,  encore pleine de la rosée du  fait beau, les pilotes sont fin prêts, les voiles étalées sur une herbe fraîche encore pleine de la rosée du matin, la température monte doucement.  C'est l'heure! Les premiers pilotes prennent leur envolée.

Tara et Hugues sur leur Harley, avec un paramoteur sud-africain Xplorer

Le tour de piste est à gauche, petit à petit un magnifique carrousel multicolore prend forme. 

Il est neuf heure trente cinq et cela fait une demie heure que je tourne, je compte 48 voiles, mais j'ai de la difficulté, les derniers décollent encore, je ne suis pas très sûr de mon comptage.  Les premiers sont en l'air depuis plus d'une heure et demie et sont à cours de carburant, ils se posent un à un, j'attends un peu.  Au sol, un signal, le record est battu, je décide d'atterrir à mon tour.

Le record est maintenant de 53, à battre à nouveau...

Beaucoup de constructeurs sont présents et désirent faire connaître leurs nouveautés.  Le plus méritant sans aucun doute, le Sud-Africain venant du Cap, Keith Pickersgill avec son imposante machine au moteur Hirth F33 flanqué d'un immense pot accordé entièrement chromé, sans doute pour mieux séduire le public américain.  Ça fait solide tout comme son concepteur qui le commercialise sous l'appellation de Xplorer-Ultraflight.

Thierry Simonet et son Back Bone, accompagné de Philippe Gruber, instructeur dans l'Est de la France près de Nancy et grand amateur de cette partie de la Floride, présente son dernier modèle équipé de la puissante et légère motorisation RDM (je l'ai vu voler en biplace mais avec 2 poids légers).  Pour eux, la rencontre et le record à battre c'est bien, mais décoller depuis la plage de Brandenton c'est terriblement plus tenant...  Un coup d'oeil furtif...  pas de Rangers à l'horizon...  vroum et Yahoooooo sur la baie.  Ils entraînent du même coup dans leur sillage Diego Cecchetto, l'italien avec son Miniplane équipé du léger moteur Top 80, l'ensemble de sa conception.  Ce moteur mérite une mention particulière dont je vais reparler. 

Les Allemands avec le Fresh Breeze, moteur solo optimisé, rien de nouveau, la meilleure motorisation depuis quelques années, fiable et régulière.  Dommage, cette motorisation mérite une cage plus stable au sol qui ne tombe pas sous le premier souffle de l'hélice.  L'accrochage de la voile sur un systèmeà balancine laisse perplexe, peut-être faut-il s'y habituer.

Reprenant la motorisation du Fresh Breeze, le Canadien, Éric Dufour, a repensé la cage t l'attache.  Il sort sa production sous l'appellation de SD, c'est robuste, puissant, 56 kilos de poussée statique, ses cannes hautes sont mobiles, indépendantes et amorties, garanties de confort et de décollages faciles.  Juste un petit défaut de poids, juste contre partie  de la solidité.

Vous l'aurez sans doute déjà compris, dans le paramoteur américain, il n'y a pas de moteur Ford, GMC ou Chevrolet, tout vient "d'Outre-Atlantique", appellation qui signifie là-bas "Europe" (pour une fois).      

Adventure est présent ainsi que son importateur.  Le président d'Adventure, Guy-Léon Dufour et Thimothé, son fils, sont là et pour avoir été dans les premiers, ils font un peu figure de pionniers.  Ils ont droit à certains égards.  Le comble..., l'innovation vient d'eux.  Chez Adventure, on laisse carrément tomber le démarreur à main, dorénavant il n'y aura plus que le démarrage électrique.  Pari fou !   Quand on a connu les difficultés de démarrage des premiers moteurs solo.  Guy-Léon nous informe qu'il travaillait discrètement depuis plus de deux ans pour la mise au point d'un démarrage 100% efficace.  Grâce à un nouvel allumage, ça marche bien, assure-t-il, de plus, la batterie est automatiquement rechargée en vol.  Sa Question :  "Votre voiture a-t-elle une manivelle?", en rajoute encore sur la sécurité du démarrage électrique.  Pour un constructeur de la dimension d'Adventure, on imagine mal prendre un tel risque sans la certitude absolue que ça fonctionne bien.  On ne peut que souhaiter bonne chance à cette option.     

Revenons au moteur Top 80 de DiegoCechetto (prononcer Chequetto non Quequetto comme les Américains...  Bref) .  "Per il Volo" ces quelques mots inscrits sur sa carte de visite résument le personnage.  Pour la grande majorité des paramoteurs, c'est en partant d'un moteur existant, souvent le Solo, que les paramoteurs se sont construits.  Diego est avant tout pilote, il est parti d'un besoin pour créer son moteur :  légèreté, puissance, faible encombrement, facilité de démarrage, sécurité au sol, les critères que tout le monde souhaite.  Il reconnaît avoir galéré en se trompant sur les choix de cylindrée, de réduction, de pot d'échappement et finalement d'hélice.  Aujourd'hui, il commercialise son paramoteur baptisé le Miniplane, équipé du Top 80 avec hélice débrayable et refroidissement par turbine (souhaitable avec une hélice débrayable au ralenti pour éviter la surchauffe).     

Michelle Daniele, d'Albuquerque


Ce moteur, testé depuis deux ans, arrive pratiquement à maturité.  Sur la fiabilité, les professionnels que j'ai interrogés comme Francesco de Santis ou Eric Dufour ne semblent pas la mettre en cause, Francesco l'utilise et le vend depuis plus de deux ans aux Américans, marché d'autant plus difficile que ce sont de gros gabarits.      

Si le Top 80 tient les promesses de son constructeur en matière de fiabilité, il va sûrement équiper de nombreuses machines.  

Le premier châssis américain, lancé en série, s'appelle le Para-Lite, il est équipé du Top 80, ultra-léger, 20 kilos avec le harnais, la poussée statique du Top 80 est donnée pour 54,5 kilos, pour un moteur de 80 cm 3, c'est excellent.  Le bruit, à pleine puissance, n'est pas strident comme on pourrait le craindre d'un petit moteur, et reste parfaitement acceptable.  Notre ami, Jim Jackson, patron de Para-Lite semble avoir compris pas mal de chose puisque son châssis se se plie en deux et la cage complètement, le tout rentre dans une malle de transport à roulettes.  Une hélice en deux parties sortira pour la fin juin, il est prévu qu'elle rentre également dans la malle.  En comprimant un peu, la voile doit également pouvoir rentrer dans celle malle, au total 29 kilos, pas mal.  Pour les décollages dos à la voile, la cage aurait besoin d'être légèrement renforcée latéralement, mais ça  aussi, c'est prévu pour fin juin.    

Notre ami, Jean-Claude Ludwig, délégué par l'association Grand Air est présent, armé d'un prospectus rédigé dans la langue de Shakespeare concernant le rassemblement de juin à Basse-Ham, en Lorraine.  Il intervient au banquet final, en anglais, pour inviter nos amis pilotes américains à venir nous voir à cette époque afin de se joindre à nous pour battre le record du monde du plus grand nombre de paramoteurs en vol simultané.  Il précise que ce record est actuellement de 96, on souhaite le passer a 2000!  A cet instant, silence dans la salle, Bruce Erion, sympathique pilote et médiatique présentateur Télé à Atlanta, en Géorgie, se lève d'un bond et s'écrie "I come", accompagnant la parole d'une levée de la main...      
 

Au total, sont présentés une vingtaine d'États américains (dont l'Alaska), deux Canadiens, l'Afrique du Sud, l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre, la France :  135 pilotes 10 fabriquants.

L'année prochaine, la deuxième convention , en espérant une météo aussi clémente...  mais il paraît que c'est normal en Floride.

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