PROGRÈS-DIMANCHE


 Par Rémi Gilles Tremblay

 28 septembre1997
 

 Les "hommes-avions" de la région

 Ils ne sautent plus en

parachute...  ils montent

CHICOUTIMI (RGT) - Le savant florentin aurait sauvé bien du temps en portant d'abord son attention sur le moteur à combustion interne avant de chercher la façon de greffer des ailes à un humain.  L'histoire démontre toutefois que ses idées n'étaient pas aussi farfelues qu'on aurait pu le croire il y a quelques années encore.  Avant l'invention du paramoteur... 

 

 "Tu viens au monde avec la maladie de voler.  On est tous un peu jaloux des oiseaux", raconte Raynald Tremblay le plus simplement du monde tout en présentant des images vidéo de ses compagnons et lui, dignes successeurs d'Icare, en train d'exprimer leur talent de pilote au-dessus des champs jeanois.  "Mais le monde de l'aviation coûte cher, n'est donc pas à la portée de toutes les bourses, en plus d'être très réglementé, poursuit-il. Il n'en coûte que 8,000 $ à 10,000 $ pour acquérir un équipement de paramoteur.  Tout dépend du poids du pilote.  Et ça comprend le cours dispensé à St-Jean-Chrysostome".

Tremblay partage sa passion avec Étienne Dumais de Lac-Bouchette, Richard Tremblay, Martin Lapierre et Michel fortin d'Alma et Sylvain Pelletier de St-Ludger-de-Milot.  Le groupe se réunit à la marina de Delisle à quelques heures d'avis, lorsque les conditions de vol appropriées apparaissent.  "Ici nous sommes sept, mais il y a présentement une centaine de pilotes au Québec.

Éric Dufour, un almatois d'origine installé à St-Jean-Chrysostome, est le plus important distributeur de paramoteurs en Amérique du Nord, en plus de diriger la seule école de pilotes officiellement reconnue par Transport Canada", relate Raynald Tremblay qui apprécie au plus haut point la grande liberté qu'offre cette façon peu banale de voler.

"Le paramoteur, c'est un avion que tu traînes dans le coffre de ta voiture, résume-t-il.  Difficile d'imaginer une machine à voler aussi peu encombrante.  Elle pèse entre 45 et 75 livres, plus généralement autour de cinquante, selon le modèle, et dispose d'une autonomie de vol d'environ une heure et demie à deux heures.  Pour décoller, nous avons besoin de dix à cent pieds, selon les conditions. Mais l'idéal serait sans doute de pouvoir se passer du moteur, un peu bruyant", poursuit l'"homme-avion", toujours en quête de plus de liberté.

Les plus beaux vols se font en l'absence de vent, même si un pilote expérimenté peut prendre l'air malgré des souffles de 20 à 25 kilomètres/heure.

Raynald Tremblay évalue à une vingtaine de minutes la durée moyenne d'une envolée.  Les 190 vols inscrits à son livre de bord témoignent d'une expérience d'un peu plus de soixante heures.

 Dix ans déjà

L'invention du paramoteur date d'une dizaine d'années. Curieusement, l'idée provient d'alpinistes européens qui appréciaient grimper, mais cherchaient une façon de refaire plus rapidement le chemin inverse, à partir de sommets de 2000 ou 3000 pieds.  Ils devenaient les premiers utilisateurs de parapentes.  Ne restait plus qu'à ajouter un moteur...  Les premières entreprises à se lancer en commercialisation de l'appareil sont européennes.  Solo, d'Allemagne, fait encore aujourd'hui figure de leader.  Au Québec, les premiers engins du genre ont été importés il y a environ sept ans.  Éric Dufour peut à juste titre être considéré comme un des pionniers.  Même s'il continue de distribuer des modèles importés, il construit également ses propres machines.
 

 
Quelques braves de la région feraient sans doute rougir d'envie le peintre, sculpteur, architecte, ingénieur et savant Léonard de Vinci.  Raynald Tremblay, comme six autres mordus du Saguenay et du Lac-St-Jean, ne sautent effectivement plus en parachute... ils montent.

 

Le paramoteur

Une activité accessible à toute la famille

Si Icare avait volé avec un paramoteur au lieu d'opter pour des ailes en cire, il n'aurait jamais eu de problème à revenir sur terre en toute sécurité.

Raynald Tremblay, qui partage son plaisir de prendre l'air avec six autres amateurs de paramoteur de la région, n'éprouve aucune crainte à voler avec un moteur sur le dos et un parapente au dessus de la tête.  Dans le monde du paramoteur, "les crashs" se produisent plus généralement au sol, avant l'envolée, mais il s'agit de cas d'exception relevant de pilotes inexpérimentés ou imprudents.

"Il faut entre dix et cent pieds pour un décollage, explique Raynald Tremblay.  Tout dépend des conditions de vol. Tant que le moteur tourne, on continue de monter.  C'est ainsi en raison du mouvement de balancier dû au fait qu'on est suspendu à des câbles.  Pour redescendre, il faut simplement couper les gaz", explique Raynald Tremblay qui évalue la vitesse de la descente autour de un pied à la seconde.

 


"Théoriquement, on pourrait monter jusqu'à 7000 pieds, mais dans las faits, on se tient entre cinquante et cinq cent pieds.  On s'envole avec un altimètre fixé au poignet.  C'est un véritable tableau de bord miniature", relate encore Raynald Tremblay qui reste convaincu de la sécurité du vol en paramoteur.  À tel point que son épouse, Lisette, a aussi goûté aux mêmes plaisirs récemment tandis que son fils qui est âgé de quatorze ans, devrait suivre son cours de pilotage l'été prochain.

"Le paramoteur est très sécuritaire, conclut Raynald Tremblay, en autant qu'on respecte les limites permises et qu'on ne joue pas avec la feu."

Le pilote paramoteur peut profiter de bonnes conditions de vol pendant au moins sept mois par année.  En réalité, rien n'empêche l'amateur de vivre sa passion douze mois par année. Rien, si ce n'est les très froides températures hivernales.